Textes

Rencontre(s)

Une rencontre. Un regard. Un sourire. Si furtif et pourtant plein de sens, comme une preuve inavouée d’un désir plus intense, qui s’échappe lentement dans un dernier soupir.

Voilà ce qu’il me fallait pour raviver en moi cette flamme perdue, cette envie d’exister et de pouvoir être aux yeux d’une inconnue plus qu’un simple passant au milieu d’une foule immense. Je me vois déjà parcourir l’univers à ses côtés, découvrir les secrets dont recèle l’existence, bercé par un sentiment de légèreté et d’abandon.

Je nous vois marcher dans la ville endormie, le cœur léger, perdus dans l’océan abyssal de nos pensées. Nos pas résonnant sur le pavé d’argent, les mains liées et ne semblant pas décidées à se lâcher. Compter les étoiles qui scintillent au-dessus de nous, comme une pluie de joyaux luminescents ornés de diamants. Puis s’installer quelques instants, sur ce banc isolé dans l’obscurité d’un lampadaire clignotant, afin d’observer les gens qui passent, défilent et s’agitent sous nos yeux éblouis. Ces rencontres passagères qui nourrissent notre âme de souvenirs éphémères, teintées d’une certaine nostalgie sublimée, transformant ces instants anodins en instants éternels.

Je nous vois déjà philosopher de tout, de rien, de la vie, de l’avenir, d’hier, et de sujets volages, sous le regard bienveillant de la lune, illuminant le ciel de sa pâleur divine. S’exposer nos blessures enfouies, se perdre dans des discussions stellaires, se raconter nos vies, tirer des plans sur la comète, se faire des promesses insensées, avec l’envie inavouée de voir nos lèvres s’effleurer au fil des secondes qui s’écoulent inlassablement.

Puis suspendre ce temps assassin qui s’échappe bien trop vite. Prendre le temps de contempler chaque trait dessinant son visage angélique, ses joues, son sourire, son regard. Se perdre dans la profondeur de ses pupilles étincelantes et dorées. S’enivrer de son parfum sucré et de sa longue chevelure couleur safran, caressée par le souffle léger du vent. Prendre une photographie de ce moment hors du temps et la graver à jamais dans ma mémoire.

Et, dans cet élan d’enthousiasme euphorique, je nous imagine longer les berges du fleuve qui ruisselle en silence, reflétant tel un miroir céleste les lumières des bâtiments millénaires qui jouxtent le bord des quais. Marcher au fil de l’eau, dans un silencieux vacarme, à la fois doux et magique. Faire de cette nuit une déambulation sans fin, et rester à ses côtés pour l’éternité, sans qu’il n’y ait jamais de lendemain à cette soirée. Fermer les paupières, et ne penser qu’à ça. Se passer les images en boucle. Et enfin être heureux.

Il y a des rencontres qui ainsi nous élèvent, pour lesquelles on serait prêt à tout, à tort ou à raison, jusqu’à braver l’impossible et faire face à certains sacrifices irrémédiables. Ces rencontres qui donnent un semblant de sens à nos vies, qui donnent une direction à nos mouvements et résonnent en nous comme un médicament pansant les plaies d’un destin écorché. Ces rencontres qui provoquent en nous un sentiment de satisfaction sans borne, qui ne nous quitte jamais. Des rencontres lumineuses, qui purifient notre esprit et nous permettent de faire évoluer nos consciences.

Cette rencontre m’a transpercé, un soir d’été, dans une ville bien trop grande pour mon cœur abîmé. Des secondes furtives qui semblaient être interminables. Et pourtant.

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