Réflexions

S’enfermer dans l’art pour s’évader

Quelques notes de piano. L’imaginaire infini des livres. La beauté enivrante d’images animées. Nul besoin d’un avion, d’un bateau ou d’un train, pour voyager. Il suffit d’un rien pour s’évader.

La culture et les œuvres qui en découlent suffisent à étancher cette soif de voyages éternels. À travers les œuvres, il est possible de vivre mille vies, de manière si précise que l’on pourrait affirmer les avoir vécues et nul ne pourrait nous contredire. De revêtir mille visages. De voyager d’époque en époque, de monde imaginaire, en monde imaginaire. Être quelqu’un d’autre le temps de quelques instants. N’être plus vraiment. S’enfuir alors d’un quotidien en apparence monotone, pour se plonger dans le gouffre infini de l’imaginaire.

Il y a dans l’art, plusieurs façons de s’évader. Chacun s’enfuit à sa manière. Certains s’égarent complètement et n’en reviennent jamais, là où d’autres, bien plus timides, n’osent jamais vraiment s’aventurer dans les méandres sinueux de ces mondes parallèles et incertains. Si l’art n’est pas nécessaire à la survie de bon nombre d’individus, il demeure pour d’autres une véritable bouée de secours, sans laquelle il ne serait pas possible de flotter sur l’océan de l’existence.

Il m’est difficile de dénombrer combien de fois, perdu dans l’immobilité d’un présent banal, je me suis trouvé être subjugué, ébloui, absorbé, voire habité, par une ou plusieurs œuvres, jusqu’en développer dans les cas les plus extrêmes, une véritable obsession. De voguer d’œuvres en œuvres, comme on changerait de trains, pour voyager toujours plus loin.

Je regarde alors défiler les paysages des films de Miyazaki à travers la fenêtre, jusqu’à la Provence de Pagnol et les beautés esthétiques de Wes Anderson. Je me perds dans les descriptions sans fin des livres de Balzac, les idylles de Murakami et les souffrances belles de Baudelaire. Je parcours le temps auprès de Pierre Lemaitre et le monde en compagnie de Sylvain Tesson. Puis, je me réfugie dans les mélodies de Schubert, Brahms, Hisaishi, les paroles de Brel ou Barbara. Je parcours l’imaginaire débordant des traits de Magritte, le réalisme de Rembrandt ou les tableaux irréels d’Escher. Quoi que je fasse, je m’évade toujours plus.

Petit à petit, j’ai construit dans ma tête un véritable musée, rempli d’œuvres de tous horizons, dont je suis et demeurerait indéfiniment l’unique visiteur. Un musée dans lequel je me plais à parcourir des couloirs sans fin, des heures durant. Un musée qui n’a de cesse de s’agrandir de jours en jours, ayant pour seules limites celles de l’imaginaire.

Perdu dans ce musée, je me laisse souvent être submergé par ces œuvres qui m’assaillent, me plaisant à m’engouffrer dans une spirale incessante et enivrante. Toutes les émotions se succèdent alors aux creux de mon être et se mélangent dans mon esprit, formant alors des milliers d’images colorées, dans lesquelles il m’arrive de puiser, lorsqu’à mon tour l’envie de créer me prend.

Se noyer dans l’art, c’est accepter d’être en partie immortel, avec l’assurance de n’être jamais rassasié et de toujours étirer davantage les rives de l’imaginaire. C’est ouvrir les portes de l’infini et voir qu’au-delà de cet infini, d’autres portes existent encore. C’est toujours trouver de nouveaux chemins pour colorer la vie et de quoi nourrir notre âme. Alors, tant que l’art perdurera, je continuerai de m’évader et de parcourir l’éternel.

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