Réflexions

Insomnies

Les yeux dans le vague à fixer le plafond, je reste là, j’attends. J’observe s’égrénant, les minutes immortelles, qui s’échappent lentement. La nuit, je ne dors plus, l’insomnie a remplacé mes rêves, et m’enveloppe chaque soir dans un voile d’argent.

Je m’agite par-dessus le silence de la ville somnolente, dont la quiétude apaise en un instant les ondulations de mes pensées. Je contemple, assis sur le rebord de ma fenêtre, les ornements nocturnes des immeubles endormis, qui se dessinent, avec la douceur de la lune comme unique toile de fond. 

La nuit, je cherche dans la noirceur de quoi éclaircir mon âme. Je lis, j’apprends, j’écris. Je nourris mon esprit de couleurs d’étincelles. J’anesthésie le présent, qui n’existe plus vraiment. Je voyage, j’erre, je navigue, dans les flots inhabités des songes imaginaires. Je côtoie les horizons défendus que nul n’a su voir et je m’oublie peu à peu, dans les bras de ma solitude, qui m’accompagne à chaque souffle. 

Je tapisse mes pensées d’interrogations nouvelles, je m’évertue à trouver des réponses sans questions, et à trop m’aventurer, j’en finis par m’égarer, dans le nœud toujours plus emmêlé de mon esprit, jusqu’à m’y perdre complètement. Je m’invente un ailleurs, dans lequel je me cache, pour fuir les laideurs d’un présent sans magie. Et quand je ne me perds pas, je m’immisce dans la brèche du temps qui se déchire, afin de parcourir les étoiles, et m’envoler, toujours plus loin, pour cueillir les beautés de l’infinie merveille, qui habille les cœurs de sublimes toisons dorées. 

Puis, quelques fois, dans la mélancolie de ces nuits bleues, aux heures les plus tardives, à trop vagabonder dans ces failles temporelles, le passé se rappelle à moi. Mes névroses jusqu’alors enfouies, ressurgissent sans prévenir. J’encombre alors mes nuits de réflexions inutiles, sans que je puisse vraiment agir autrement. Le goût des remords, les restes d’inachevés ont alors les délices de culpabilités amères. Je passe alors en boucle, recroquevillé dans mon lit défait, les “peut-être”, les sourires, que je n’ai su voir et saisir. Et tous ces instants déchus, qui ne seront jamais plus.

Dans ces insomnies, je me noie entre réel et illusions, comme si je n’existais plus vraiment et que ces instants vécus n’étaient alors que d’épaisses parenthèses. Tout semble à la fois si limpide et confus, comme une ivresse sans trêve. Alors, dans ces douces insomnies, je reste là, rêveur, les yeux dans le vague, à fixer le plafond.

Ce n’est qu’au petit jour, dans la lueur timide des rosées matinales, que tout se ranime soudainement. Le ciel se rhabille lentement, venant alors clore cette nuit bien trop brève. Les rayons du soleil viennent alors caresser mon visage épuisé, brûlant mon insomnie, qui s’étiole peu à peu. Avant de disparaître. Et mes paupières alourdies, jusqu’alors éveillées, daignent enfin se refermer.

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